Lettre de Sapho à Pháôn

«Et de toutes celles qui ont suivi tes pas,

je resterai la seule à posséder ton ombre, la couleur de ta voix, 

et le poids mystérieux de ton regard…

La seule à les avoir aimés assez pour en saisir à jamais l’évanescence,

la tessiture, et le secret. » 

eva ©

Hasan Saygin, peintre.

« Le Maître ne peint pas seulement les fruits, il peint la saveur du fruit éclaté sur la langue, il peint la lumière traversant la texture du verre, il peint mon désir de toucher les nappes rayées, il peint le chatoiement du thé et l’acidité de la tranche de citron…

Le Maître ne peint pas seulement les fleurs, il peint le parfum délicat exhalé du bouquet, il peint l’ombre portée des pétales et la transparence du vase… Les « natures mortes » de Hasan Saygin sont si vivantes qu’elles font frémir de désir et trembler de plaisir… »

Tom Jobim ‘Blue train » (Trem azul)

Champ de lin dans le Vexin Normand 

Un champ de lin, c’est magique ! La fleur elle-même est insignifiante, mais au loin, à l’horizon, ces milliers de fleurs insignifiantes qui sont une mer immense, forment une ligne bleue continue, couleur lavande… Le lin ne fleurit que quelques jours…je n’avais jamais eu l’occasion de le photographier…

Guillermo Lorca, peintre chilien

Guillermo Lorca Garcìa-Huidobro né à Santiago le 14 mars 1984 est un peintre chilien.

Aux confins de la nuit, l’imaginaire onirique de Guillermo prend une place absolue.

Ses « huile sur toile » de grands formats, sont peuplées d’enfants, d’animaux et d’oiseaux parfois gigantesques.

Il définit son travail en général comme « l’expression d’Eros et Thanatos, un ensemble de forces opposées, une transgression de l’ordre établi et un débordement de l’être, un monde de l’enfance où il n’y a pas encore d’adulte moralisateur, un monde archétypal de l’inconscient, un monde dérangeant, sombre, un monde fantastique, qui représente les élans de la vie, où, même dans les beautés les plus tragiques, il y a de l’élan et de l’espoir… »

Le jeu permanent entre le mal et l’innocence ne sont pas antagonistes, ils partagent la même nature, comme cela se produit dans les rituels anciens, dans l’art primitif, dans les cultures ancestrales. Selon Guillermo, une partie de notre expérience humaine, de nos pulsions et de nos sentiments sont symbolisés dans les esprits de la nature, dans ces sortes de démons.

Guillermo, peint des rêves…

Zeca Afonso chante Catarina Eufémia

Ce « Cantar alentejano », tiré de l’album « Cantigas do Maio » de 1971, est un hommage de José Afonso à Catarina Eufémia, une journalière portugaise assassinée par un lieutenant de la Guarda Nacional Republicana au cours d’une grève d’ouvrières agricoles à Baleizão, Alentejo (Portugal), le 19 mai 1954.

Catarina avait 26 ans, mariée, trois enfants, dont un de huit mois dans ses bras lorsqu’elle a été abattue.

Dans ce vidéoclip, José Afonso est accompagné à la guitare par Carlos Correia (Bóris), la gravure sur la couverture est de José Dias Coelho et les peintures sont d’Armando Alves (lui aussi originaire de la région de l’Alentejo).

À propos de cet enregistrement, réalisé en France au château d’Hérouville, le producteur José Mário Branco a dit: «Zeca a toujours de la difficulté à rester dans un studio pendant une longue période. Il restait encore une belle et difficile chanson à enregistrer, ‘Cantar Alentejano’, plus connue sous le nom de ‘Catarina’. J’avais décidé que cette chanson n’aurait pas d’autre accompagnement que de la guitare. Il a été laissé à la voix de Zeca, sans filet. Il n’arrêtait pas d’ajourner l’enregistrement et je n’arrêtais pas de le presser. Un jour, à mi-chemin de l’enregistrement de la voix d’une autre chanson, je pense que c’était « Senhor Arcanjo », Zeca s’arrêta et a dit : « hé, attends un peu pendant que je vais dehors pour regarder les vaches ». Le château où était installé le studio se trouvait au milieu d’une prairie​. Après une heure, il est revenu et a dit : « maintenant nous pouvons enregistrer ‘Catarina' ». Bóris s’est enfermé dans la cabine et Zeca était seul au milieu du studio, dans le noir, et a enregistré Catarina en une seule prise. Quand c’était fini, le technicien, moi, les amis présents, Zélia, Isabel, mon ex-femme, et Chico Fanhais, nous pleurions tous.» 

(José Mário Branco, dans « Livra-te do Medo », de José A. Salvador, éd. A Regra do Jogo, 1984)

Vermeer de Delft

Cette Vue de Delft représente une partie de la ville natale de Vermeer sous la forme d’une veduta, une peinture très détaillée d’un paysage urbain. Elle constitue, avec La Ruelle, le seul paysage de l’oeuvre du peintre et c’est l’unique représentation d’un vaste espace.

Marcel Proust a défini « La Vue de Delft » dans une lettre à son ami Jean-Louis Vaudoyer comme « le plus beau tableau du monde ». Il décrit le tableau dans le 5ème tome de son roman « A la recherche du temps perdu » où il met en scène la découverte de la toile par Bergotte en ces termes :

« Il remarqua pour la première fois des petits personnages en bleu, que le sable était rose, et enfin la précieuse matière du tout petit pan de mur jaune. Ses étourdissements augmentaient ; il attachait son regard, comme un enfant à un papillon jaune qu’il veut saisir, au précieux petit pan de mur. « C’est ainsi que j’aurais dû écrire, disait-il. Mes derniers livres sont trop secs, il aurait fallu passer plusieurs couches de couleur, rendre ma phrase en elle-même précieuse, comme ce petit pan de mur jaune »

La Lumière de Vermeer entre par la croisée de droite sertie de plomb, entr’ouverte ou fermée claire ou colorée, …

La Lumière de Vermeer caresse les lourdes tentures somptueuses et les tissus chatoyants, tombe sur le carrelage noir et blanc aux plinthes nacrées, faites de carreaux de Delft… 

La Lumière de Vermeer baigne d’une patience raffinée les actes de la vie secrète et quotidienne…

Fernando Botero

« Prendre pour modèle une peinture d’un autre peintre, ce que je fais souvent, c’est se mesurer à la puissance picturale d’une œuvre. Si la position esthétique que l’on a est absolument originale par rapport à celle à laquelle on se confronte, l’œuvre que l’on fait est elle-même originale »

Au téléphone

illustration de Kevin Hughes

À l’ère des « appels vidéo messenger » et autres « whatsapp » sans poésie, qui se souvient de ce téléphone noir en bakélite ? Qui se souvient de la voix aimée qu’on écoutait dans le noir, le cœur battant ? Qui se souvient des mots du poète Leiria disant saudade ?

Qui se souvient d’avoir osé illuminer son triste noir par les images éblouissantes des toiles de Césariny ?

Qui verra cet endroit inexploré, ce lieu sombre et chantant ?

Qui entendra au son de la guitare portugaise de Carlos Paredes, les deux voix tour à tour mélancoliques et pleine d’espoir incitant à Mudar de vida ?

Pour Luís de Camões, la saudade est «un bonheur hors du monde »

Pour Fernando Pessoa, c’est « la poésie du fado »

Amália Rodrigues la décrit comme une « épine amère et douce »