« Mon fils chante ! » Juliette Greco

Pour Juliette,

pour Victor Jara, pour Ernesto Guevarra, pour Vittorio Arrigoni, et tous les autres, hommes et femmes « qui entrent dans la danse, au nom de la grande espérance, au mépris de leur vie »

Maupassant (La vie errante)

« Un homme n’aurait à passer qu’un jour en Sicile et demanderait : « Que faut-il y voir ? » Je lui répondrais sans hésiter : « Taormine ».

Ce n’est rien qu’un paysage, mais un paysage où l’on trouve tout ce qui semble fait sur la terre pour séduire les yeux, l’esprit et l’imagination.

Le village est accroché sur une grande montagne, comme s’il eût roulé du sommet, mais on ne fait que le traverser, bien qu’il contienne quelques jolis restes du passé, et l’on va au théâtre grec , pour y voir le coucher du soleil.

J’ai dit du théâtre de Ségeste, que les Grecs savaient choisir , en décorateurs incomparables, le lieu unique où devait être construit le théâtre, cet endroit fait pour le bonheur des sens artistes.

Celui de Taormine est si merveilleusement placé qu’il ne doit pas exister, par le monde entier, un autre point comparable. Quand on a pénétré dans l’enceinte, visité la scène, la seule qui soit parvenue jusqu’à nous en bon état de conservation, on gravit les gradins éboulés et couverts d’herbe, destinés autrefois au public, et qui pouvaient contenir trente-cinq mille spectateurs, et on regarde.

On voit d’abord la ruine, triste, superbe, écroulée, où restent debout toutes blanches encore, de charmantes colonnes de marbre blanc coiffées de leurs chapiteaux ; puis, par-dessus les murs, on aperçoit au-dessous de soi la mer à perte de vue , la rive qui s’en va à l’horizon, semée de rochers énormes, bordée de sables dorés, et peuplée de villages blancs ; puis à droite au-dessus de tout, emplissant la moitié du ciel de sa masse, l’Etna couvert de neige, et qui fume là-bas.

Où sont donc les peuples qui sauraient, aujourd’hui, faire des choses pareilles ? Où sont donc les hommes qui sauraient construire , pour l’amusement des foules, des édifices comme celui-ci ?

Ces hommes-là, ceux d’autrefois, avaient une âme et des yeux qui ne ressemblaient point aux nôtres, et dans leurs veines, avec leur sang, coulait quelque chose de disparu : l’amour et l’admiration du Beau. »

Guy de Maupassant (La vie errante)

« Li Beirut » Fairouz

« À Beyrouth, De mon cœur un salut à Beyrouth

Et des baisers à la mer et aux maisons,

À un rocher qui ressemble au visage d’un ancien marin

Elle est, de l’âme du peuple, du vin, de la sueur, du pain et du jasmin

Alors comment est devenu son goût

Un gout de feu et de fumée ?

Beyrouth, une gloire des cendres

À Beyrouth, le sang d’un enfant sur sa main

Ma ville a éteint ses lumières

Elle a fermé sa porte, elle est restée, le soir, toute seule

Toute seule la nuit… »

Mon Noir et mon Bleu…

 

Une sphère imparfaite à main levée… un petit ballon gonflé à l’hélium… dont les vibrations et les transparences propulsent Bleu sur Blanc, à l’infini, dans l’Infini…

Et dans l’immense salle d’expo, un Soulages architectural et massif lui répond sur le mur opposé… des aplats au brou-de-noix, parfois noirs, et soudain bruns transparents, ponctués de reliefs insoupçonnés qui se révèlent à l’examen proche… comme une intimité partagée en secret… 

…et mon Bleu vibre et s’élance, et mon Noir immobile s’arc-boute immuable…

Deux chefs-d’oeuvre de la Fondation Maeght :  Ida (1983, 200x202cm) Acrylique sur toile de Gérard Gasiorowski

Peinture (1971, 230x162cm) Brou de noix, liant acrylo-vinylique sur toile / Pierre Soulages