augieras_peinture_I

Entre nous deux, ce fut comme un rendez-vous manqué… J’étais à Domme en 1972 où tu fumais des orties dans les combes profondes deux années auparavant, à Domme où tu t’isolais dans une grotte, une petite caverne où tu écrivais, où tu savais t’extraire du monde, dans le plus grand dénuement.

J’ignorais encore que tu avais été là bas, au centre du monde, à guetter des signes d’un autre univers. Domme alors, n’était qu’un petit village perché au-dessus de la Dordogne, et pas encore ce repaire touristique que l’on connait aujourd’hui… Bien plus tard j’ai su… Bien plus tard j’ai lu ton « Domme ou l’Essai d’Occupation »… et tous tes écrits, François. Dès cet instant, tu n’as cessé d’habiter mon esprit et mon cœur. Dès cet instant, toutes les coïncidences qui semblaient nous lier par delà le temps m’ont hantée pendant deux longues années. Aujourd’hui je me souviens combien tu me fascinais, et combien ton amour pour ce « pays de l’Homme » m’avait troublée, envoûtée… Combien ton écriture magique m’avait ensorcelée. Je me souviens combien j’avais goûté ta sauvagerie, ta façon de faire l’amour aux arbres, à la Vézère (que tu désignais comme « ton épouse »). Je veux me souvenir de tes toiles étranges, de tes personnages venus d’ailleurs (dont tu ne peignais jamais les pieds), de tes icônes (en souvenir du Mont Athos)… Parce que je peins aussi comme toi, à plat sur la table (comme les petits enfants) j’ai une pensée attendrie pour tout ce qui reste de ton œuvre peint, tout ce qui fait son mystère et son oubli : la plupart de tes toiles ont été perdues, certaines laissées par toi dans la nature, parce que disais-tu, une œuvre doit vivre en liberté sa vie de création, sa vie en dehors de son créateur.

La première édition de « Le Vieillard et l’Enfant » publiée sous le pseudonyme de Abdallah Chaamba, tu l’avais toi-même tapée sur des feuillets de couleur et éparpillée au petit bonheur. L’un de ces exemplaires fut adressé à André Gide qui t’écrivit une lettre admirative signée le jour même de ma naissance ! Coïncidence encore !

Tu es mort à l’âge de 46 ans, malade, dans la plus grande misère et le plus grand dénuement. Ta pierre tombale que j’ai photographiée dans le cimetière de Domme il y a quelques années, se trouve au bord d’une combe, et je ne peux m’empêcher d’imaginer que tu persistes à dévaler les falaises de Domme, en liberté, comme tu as toujours vécu.

eva (lettre à François Augiéras)

 

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