Osvaldo Licini

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L’Ange rebelle au coeur rouge.

« Che un vento di follia totale mi sollevi  » Osvaldo Licini

(Qu’un vent de folie totale me soulève !)

 

Ombres chinoises

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Pastelli ad olio e carboncino su tela grezza

(Pastel et poème Francesco Pagni ©)

« Odor di nebbia

E di pastelli

Di carboncino

E tela grezza

Di poesia e di caffè

Le mani sporche

Leggera l’anima

Odor di fumo

E di sterpaglie

Di pane caldo

D’olio e sale

Io voglio essere

Ogni giorno. « 

Un grand merci à Francesco

 

Wassily Kandinsky (1866-1944)

Vassily_Kandinsky,_1927_-_Molle_rudesse

« Les esprits, qui à la vue de quelques triangles sur un tableau restent prisonniers de ces triangles et qui ainsi sont incapables de voir la peinture, sont les mêmes esprits qui sur toute figure masculine de l’antiquité firent mettre une feuille de vigne.
Mais je crois que la feuille de vigne elle-même n’avait pas le pouvoir de leur dessiller les yeux pour la forme plastique de l’antiquité…
La forme inaccoutumée masque le fond : il en est ainsi chez la plupart des hommes.
Le temps est seul capable de changer cet état de choses »

Extrait de l’article de Kandinsky « Réflexions sur l’art abstrait » publié dans les « Cahiers d’Art », VI Paris 1931, N° 7-8, p.351

Quand il réfléchit à la genèse de son art abstrait, Kandinsky fait allusion dans ses souvenirs à une expérience synesthétique pendant qu’il écoutait « Lohengrin » de Richard Wagner; il se souvenait du choc qu’il eut quand il entendit pour la première fois la nouvelle de la fission de l’atome; et finalement, il dit en regardant l’une des Meules de foin de Monet qu’il sentit nettement que les objets étaient superflus dans un tableau. Le moment exact où l’étincelle jaillit a été décrit par Kandinsky, comme suit :

« Un jour alors que j’étais à Munich, j’ai eu l’expérience hallucinante dans mon atelier à laquelle je ne m’attendais pas. C’était au crépuscule : je venais de rentrer chez moi, ma boîte de peinture sous le bras, après avoir peint une étude d’après nature. J’étais encore absorbé rêveusement dans le travail que j’avais fait quand tout à coup, mon regard se posa sur un tableau d’une beauté indescriptible qui était imprégné d’une lumière intérieure. Pendant un moment, je restai saisi, puis rapidement j’allai vers cette peinture énigmatique dans laquelle je ne pouvais rien voir que des formes et des couleurs dont le contenu m’était incompréhensible. La réponse de l’énigme vint immédiatement : c’était l’un de mes propres tableaux couché sur le côté contre le mur. Le lendemain, à la lumière du jour, je tentai de retrouver l’impression que m’avait donnée le tableau, la veille. Je n’y parvins qu’à moitié. Même en regardant la peinture de côté, je pouvais encore distinguer les objets et il manquait cette belle couche de couleur transparente très fine, créée par le crépuscule de la veille. Alors, je sus pour de bon que le sujet portait préjudice à mes peintures. Un effrayant abîme de responsabilité s’ouvrait alors devant moi et une série de questions diverses m’étaient posées. Et la question primordiale était de savoir : qu’est-ce qui allait remplacer l’objet manquant ? »

(Cet évènement eut lieu probablement vers 1909)

Le peintre qui dansait sur la toile…

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« Je ne travaille pas à partir de dessins ou d’esquisses en couleur. Je peins directement. Je peins d’habitude sur le sol. J’aime travailler sur une grande toile. Je me sens mieux, plus à l’aise dans un grand espace. Avec la toile sur le sol je me sens plus proche d’un tableau, j’en fais davantage partie. De cette façon je peux marcher tout autour, travailler à partir des quatre côtés, et être dans le tableau comme les Indiens de l’Ouest qui travaillaient sur le sable. Parfois j’utilise un pinceau mais très souvent je préfère utiliser un bâton. Parfois, je verse la peinture directement de la boîte… »  Jackson Pollock

 

 

« Na stella »

« Elle sent bon les danses d’autrefois ta chanson d’aujourd’hui. Homme et femme rapprochent leurs pommettes pour faire semblant de se dire un mot, ils sentent leurs cheveux, rapprochent leur souffle de la courbe du cou. Les danses d’autrefois permettaient des étreintes avec l’excuse d’une danse sur la piste… »

Erri De Luca

« Na stella » est écrite en napolitain par Fausto Mesolella, le compositeur habituel du groupe Avion Travel. Tous les portraits sont de Katia Chausheva. Les autres illustrations, encres, aquarelles, acryliques et trois photos sont de mon ami Francesco Pagni que je remercie…

La tapisserie de Bayeux.

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Sur près de 70 mètres de long, c’est le récit brodé de la conquête de l’Angleterre en l’an 1066 par Guillaume, Duc de Normandie. Remarquablement conservée, la Tapisserie de Bayeux est inscrite au registre « Mémoire du Monde » de l’UNESCO.

Ce document unique au monde daté du XIe siècle, considéré comme l’une des premières bandes dessinées de l’Histoire, met en scène plus de 600 personnages, 200 chevaux, une quarantaine de navires et plusieurs centaines d’animaux et figures mythologiques.

Plus de 900 ans après sa création, cette fresque de lin et de laine nous immerge dans une fabuleuse épopée médiévale. Elle était autrefois attribuée à tort à la reine Mathilde, épouse de Guillaume le Conquérant (1028-1087). En réalité, son commanditaire est certainement Odon de Conteville, évêque de Bayeux et demi-frère de Guillaume. Au lendemain de la victoire de Hastings, Odon devint le second personnage du royaume : en l’absence de son frère, il le replaçait en tant que « vice-roi ». Il reçut de nombreux domaines en Angleterre, ainsi que le comté du Kent. Or, dans ce comté, comme dans le reste du pays, se trouvaient de nombreux ateliers de broderie. De plus, les moines de la cathédrale et ceux de Saint Augustin de Cantorbéry réalisaient dans leur scriptorium respectif, des manuscrits enluminés, dont certaines illustrations ont servi de modèle aux dessinateurs et aux brodeurs (ou brodeuses). La grande majorité des spécialistes admettent aujourd’hui que la Tapisserie a été confectionnée en Angleterre, et vraisemblablement à Cantorbéry, par une équipe composée d’Anglais et de Normands.

Cette toile de lin très fine, de fond écru, brodée avec des laines de couleur, longue de 68,38m et large de 48 à 51cm est constituée de neuf lés, joints les uns aux autres par de fines coutures. Le centre de la toile, occupé par le récit historique, est encadré par deux bordures décoratives de chacune 7 à 8 cm de haut. Cette toile est surmontée d’une bande de lin (numérotée tardivement de 1 à 58) permettant son accrochage chaque fois qu’elle était exposée dans la cathédrale de Bayeux. Une doublure protège le revers de l’œuvre.

Les laines utilisées pour la broderie ont été teintes à partir des trois colorants végétaux : la garance (rouge), la gaude (jaune) et le pastel (bleu indigotine). Ils donnent suivant leur utilisation pure ou les mélanges réalisés par les teinturiers, une dizaine de coloris aux nuances variées : rouge, jaune, beige, bleu foncé, vert.

Les quatre points de broderie utilisés sont le point de couchage, dénommé aussi « point de Bayeux » exécuté en plusieurs temps. Le premier consiste à tendre des fils recouvrant presque le dessin ; le second à recouvrir perpendiculairement les premiers fils par des fils espacés d’environ 3 mm ; enfin, de petits points fixent le tout sur la toile. Les reliefs ainsi obtenus sont soulignés d’un point de tige qui dans certains cas, a été exécuté avant même le remplissage des sujets. Ce point de tige sert aussi à tracer des visages, des  mains et le texte qui court sous la bordure supérieure. Un point de chaînette et un point fendu sont utilisés pour donner plus de relief à certaines lettres et à certains motifs linéaires.

 Aucun homme, aucun animal de la Tapisserie de Bayeux n’est en position immobile et statique. Tout dans l’attitude suggère le mouvement et la vie. L’inclinaison de la tête, la position des pieds, le geste de la main, le froncement du sourcil, le jeu du regard donnent une vie intense aux personnages. De même les animaux, comme les oiseaux des bordures, manifestent leur vitalité.

La dernière image de la Tapisserie a été très restaurée au XIXe siècle. L’arbre est figé dans sa raideur et les hommes sont dotés de traits grossiers. La Tapisserie est-elle inachevée ou bien quelques scènes ont-elles disparu ? On ne peut le dire. Une gravure du début du XVIIIe siècle atteste déjà de sa mutilation à cet endroit. Il est plaisant de croire qu’elle se terminait par la scène de couronnement de Guillaume à l’abbaye de Westminster le jour de Noël 1066, puis par une broderie décorative verticale. Il est peu vraisemblable qu’elle ait raconté la marche victorieuse des Normands sur Londres, en passant par Douvres, Cantorbéry, Southwark, Wallingford, Berkhamsted.

Pierre Bouet et François Neveux (Université de Caen)