« Correspondances » Baudelaire

Lyons 05

La nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
– Et d’autres corrompus, riches et triomphants,

Ayant l’expansion des choses infinies,
Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.

Charles Baudelaire (Spleen et Idéal)

Rabindranath Tagore, Gitanjali, « L’offrande lyrique »

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Il avait dit :

« Laisse subsister ce peu de moi par quoi,

je puisse te nommer mon tout.

Laisse subsister ce peu de ma volonté par

quoi je puisse te sentir de tous côtés,

et venir à toi en toutes choses, et t’offrir

mon amour à tout moment.

Laisse seulement subsister ce peu de moi

par quoi je puisse jamais te cacher.

Laisse seulement cette petite attache

subsister par quoi je suis relié à ta volonté,

et par où ton dessein se transmet dans ma vie : c’est l’attache de ton amour. »

 

Elle avait dit alors :

« Laisse venir à moi ce peu de toi par quoi,

je puisse me fondre en toi.

Laisse fléchir ta volonté par

quoi je puisse te sentir à mes côtés,

présent en toute chose, et goûter

ton amour à tout moment.

Laisse seulement subsister ce peu de toi

par quoi tu puisses jamais te cacher.

Laisse seulement ce fil ténu

subsister par quoi tu es relié à ma volonté,

et par où ton dessein se transmet par delà l’infini : c’est l’attache de notre amour »

eva © 25 janvier 2012 

 

Exil…

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« La poussière est une voile, elle émigre, elle franchit la mer. Le sirocco la porte d’Afrique, elle vole des épices au marché et en assaisonne la pluie. » Erri De Luca

***

« Raconter ce jour-là : Sur le grand navire blanc, Une orange dans les mains, Pain au beurre dans un sachet,

Que de rêves inquiets !..

L’appréhension de ma mère, Les valises dispersées, Le chapeau de mon père, Le regard sombre de mon Grand-père,

Avec la mort dans l’âme, Les mains serrées de ma Grand-Mère Dans son mouchoir blanc brodé…

La haute mer dans la nuit, Derrière nous l’odeur d’Afrique Et les citrons du jardin…

Un vent léger en poupe Et à la proue l’inconnu.

Mes yeux clairs dans les lunettes Qui se perdent dans le ciel. La stupeur le coeur battant…

Cette orange est toujours là : Sur la nappe blanche dans ma cuisine,

Un peu d’eau claire dans le pichet, Avec les miettes d’alors.

Mon vent a été bon, Et je suis toujours la mer !.. » Francesco Pagni ©

 

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De velours noir…

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Peinture Diego Rivera

L’arum est le symbole de l’âme. Tout comme le lys, ses grandes fleurs blanches étaient très courantes dans les années 1900 lors des cérémonies religieuses importantes comme les mariages, les fiançailles ou encore les communions.

Jorge Araujo Chiriboga (1892-1970) est un compositeur né à Riobamba (Équateur). Il a joué du piano, de la guitare et du bandolin. Dans les années trente, il fonda à Quito la « Compañía Dramática Nacional » puis la compagnie « Dramas y Variedades », dans lesquelles Araujo se produisit et où il rencontra la chanteuse Carlota Jaramillo, pour qui il composa quelques pièces de musique populaire. Avec son frère Ángel Leónidas et d’autres artistes tels que Rubén et Plutarco Uquillas, ils ont participé à la première programmation radiophonique de la station El Prado à Riobamba, une station fondée en 1925 en Équateur.

C’est son épouse Carlota Jaramillo qui a inspiré cette chanson composée à Quito dans les années 40, interprétée et enregistrée en duo par Carlota et « El Potolo » Valencia en 1944. Quelques années avant la visite à Quito, la Compagnie de Ballet de Joaquin Pérez Fernandez, séduite par la douce tristesse de la mélodie et l’émotion naïve des paroles, demanda la permission à l’auteur d’adapter cette chanson à des tâches typiques des femmes des hauts plateaux, et d’ajouter « De terciopelo negro » à son répertoire. Presque immédiatement la chanson fut reproduite sur des disques et des cassettes en omettant de mentionner l’auteur. Plus tard, une société de cinéma parisienne signa avec Annie Girardot un long métrage « Mourir d’aimer » reprenant le thème musical « De terciopelo negro » sans mentionner l’origine de la chanson ni l’auteur. C’en suivit un procès long et coûteux (11 ans) en particulier de la part de Carlota Jaramillo déjà veuve.

Ne reste essentiellement pour moi, que la « douce tristesse de la mélodie et l’émotion naïve des paroles » interprétées par Paco Ibañez, comme un hymne tendre à la femme sud-américaine…

De Velours noir

Huambritay
Si tu m’oublies, je couvrirai ma poitrine de velours noir

Si tu m’oublies, Lys blanc,
Si le lys est blanc Huambritay… toi, tu es brune.

À la fontaine Huambritay tu m’apparus
Je t’ai demandé un verre d’eau,
Huambritay et … tu ne me l’as pas donné.

Tu me l’as refusé,
Ma très chère, mon aimée.

Si tu me refuses l’eau Huambritay… je perds la vie.