Maupassant (La vie errante)

« Un homme n’aurait à passer qu’un jour en Sicile et demanderait : « Que faut-il y voir ? » Je lui répondrais sans hésiter : « Taormine ».

Ce n’est rien qu’un paysage, mais un paysage où l’on trouve tout ce qui semble fait sur la terre pour séduire les yeux, l’esprit et l’imagination.

Le village est accroché sur une grande montagne, comme s’il eût roulé du sommet, mais on ne fait que le traverser, bien qu’il contienne quelques jolis restes du passé, et l’on va au théâtre grec , pour y voir le coucher du soleil.

J’ai dit du théâtre de Ségeste, que les Grecs savaient choisir , en décorateurs incomparables, le lieu unique où devait être construit le théâtre, cet endroit fait pour le bonheur des sens artistes.

Celui de Taormine est si merveilleusement placé qu’il ne doit pas exister, par le monde entier, un autre point comparable. Quand on a pénétré dans l’enceinte, visité la scène, la seule qui soit parvenue jusqu’à nous en bon état de conservation, on gravit les gradins éboulés et couverts d’herbe, destinés autrefois au public, et qui pouvaient contenir trente-cinq mille spectateurs, et on regarde.

On voit d’abord la ruine, triste, superbe, écroulée, où restent debout toutes blanches encore, de charmantes colonnes de marbre blanc coiffées de leurs chapiteaux ; puis, par-dessus les murs, on aperçoit au-dessous de soi la mer à perte de vue , la rive qui s’en va à l’horizon, semée de rochers énormes, bordée de sables dorés, et peuplée de villages blancs ; puis à droite au-dessus de tout, emplissant la moitié du ciel de sa masse, l’Etna couvert de neige, et qui fume là-bas.

Où sont donc les peuples qui sauraient, aujourd’hui, faire des choses pareilles ? Où sont donc les hommes qui sauraient construire , pour l’amusement des foules, des édifices comme celui-ci ?

Ces hommes-là, ceux d’autrefois, avaient une âme et des yeux qui ne ressemblaient point aux nôtres, et dans leurs veines, avec leur sang, coulait quelque chose de disparu : l’amour et l’admiration du Beau. »

Guy de Maupassant (La vie errante)

Le Musée du Bardo à Tunis.

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Le Bardo conserve la plus belle collection de mosaïques romaines d’Afrique du Nord. La richesse des œuvres rassemblées provenant des différents sites archéologiques de Tunisie, est éblouissante. Le musée a été officiellement inauguré le 7 mai 1888 et depuis cette date, ses collections n’ont cessé de s’enrichir de pièces nouvelles, grâce aux dons de particuliers et aux fouilles archéologiques menées par l’Institut national du patrimoine, parfois avec l’aide de missions étrangères.

Les pavements de mosaïque ornant les villas romaines étaient réalisés par des équipes d’artisans spécialisés. Un mortier d’une épaisseur de 15 cm, fait de sable jaune mêlé de galets, était étendu sur le sol. Cette base devait assurer un fond solide ; elle était ensuite recouverte d’une couche compacte, dite nucleus, de chaux et de sable, avec parfois des fragments de tuiles ou de poteries. Une esquisse sommaire du motif était tracée, puis un mortier très fin étendu : il fallait y déposer des tesselles de marbre de différentes couleurs avant qu’il ait séché. L’aspect luisant des écailles des poissons était rendu par l’inclusion de petits cubes de verre. L’ouvrage terminé, le sol était finement jointoyé. Les multiples mosaïques découvertes par les archéologues ont apporté de précieux  renseignements sur la vie des Romains en Afrique : leur goût pour les jeux du cirque et la chasse ; l’importance de la mer poissonneuse et de la navigation ;  leur culture gréco-romaine, attestée par la représentation d’épisodes de L’Odyssée ou de portraits d’écrivains latins. (Source : guide Hachette)

Les enfants de Minos…

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Au début, l’Homme était seul avec sa grande peur de tout.

Il y eut un soir, et l’Homme eut peur que le Soleil ne revînt pas.

Il y eut un soir, il y eut un matin, et l’Homme se réfugia dans les cavernes.

L’Homme craignait les animaux féroces, le grand froid, et la faim qui lui tenaillait les entrailles.

Il inventa l’idée de la religion pour conjurer la mort, et l’Art Sacré pour que le Soleil revînt chaque matin.

Plus tard, sur l’Ile de Minos, Il apprivoisa le Taureau pour que la Terre cessât de trembler, il jouait avec lui avec bravoure et respect pour signer le pacte mystérieux avec les forces telluriques. Il dansait avec lui sur le fil du Merveilleux comme un funambule, et sautait par-dessus ses cornes redoutables comme un acrobate dédié à l’au-delà.

Longtemps les joutes furent ordaliques, l’Homme arrachait au péril même de sa vie, son droit à vivre et survivre. Cela même est fascinant, et subsiste aujourd’hui encore : cette revendication affirmée et insistante à se mesurer aux forces mystérieuses de la nature.

Quand l’Homme commença à dessiner sur les parois des cavernes, il invita l’esprit des dieux pour inspirer son Art, et imagina des rites sacrés pour honorer les dieux. Le caractère religieux de l’Art subsistera encore longtemps, longtemps jusqu’après le Moyen Age. L’Art pictural ne devint profane qu’à la Renaissance. L’Art devint profane, mais quelque chose de céleste rayonne encore mystérieusement dans la peinture de Botticelli : lui seul, plus qu’aucun autre, s’est attaché à rendre le Beau aussi proche du Divin.

eva © 2008

L’enlèvement d’Europe.

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Mosaïque trouvée à Byblos, époque romaine, Musée National de Beyrouth

« Le taureau avait été représenté au milieu de la mer, chevauchant les vagues (…). La jeune fille était assise au milieu de son dos, non pas à califourchon mais de côté, les deux pieds sur la droite et elle tenait les cornes de sa main gauche comme un conducteur de char tient les rênes, et, en fait, l’animal obliquait légèrement dans cette direction, obéissant à la pression de la main. Le buste de la jeune fille était recouvert d’une tunique qui lui descendait jusqu’en bas des jambes ; plus bas, une robe dissimulait la partie intérieure de son corps (…). Ses mains étaient éloignées l’une de l’autre, l’une sur les cornes du taureau, l’autre sur sa croupe, et dans l’une et l’autre, elle tenait au-dessus de sa tête une large écharpe qui voltigeait autour de ses épaules, et l’étoffe se creusait et se gonflait de toutes parts ; c’était la façon pour le peintre de représenter le vent. Ainsi la jeune fille était-elle installée sur le taureau comme un bateau en mer et son écharpe lui servait de voile ».  Achille Tatius (Livre I, 1-1 & 1-2)

 

Réthymno (Crète)

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Le site de l’actuel Réthymno (Réthymnon), où s’étendait la ville gréco-romaine de Rìthymna, est habité depuis l’époque minoenne. La ville prospéra sous les Vénitiens, au XVIe siècle, et devint un centre littéraire et artistique accueillant des érudits fuyant Constantinople. La ville a conservé son charme et reste la capitale intellectuelle de la Crète. Le vieux quartier foisonne d’édifices vénitiens et ottomans élégants et bien conservés.

L’imposante forteresse vénitienne, construite au XVIe siècle pour protéger l’île des pirates domine le port pittoresque avec son ravissant phare du XIIIe siècle.

 

La Piétà Rondanini.

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La Piétà Rondanini, en marbre (1,95m de hauteur) dernière oeuvre de Michel-Ange, qu’il n’a pas achevée, a été transférée à Milan dans l’ancien hôpital pour les soldats pestiférés au XVIe siècle, au sein du Castello Sforzesco.

Le lieu a été restauré et transformé en musée spécifiquement dédié à cette oeuvre poignante à laquelle Michel-Ange a travaillé jusque dans les derniers jours de sa vie.

Il s’agit d’« un lieu de grande souffrance, adapté pour accueillir une sculpture qui exprime le sentiment intense de la douleur maternelle », a déclaré l’architecte et designer italien Michele de Lucchi, auteur de l’aménagement des lieux.

« La nudité fait vibrer les fibres les plus anciennes de la compassion. Vêtir ceux qui sont nus, est-il prescrit dans une des oeuvres de la miséricorde étudiées au catéchisme. Qu’est-ce donc la miséricorde que j’éprouve devant cette figure ? C’est une poussée soudaine dans mon sang. Cette miséricorde ne vient d’aucune requête. Ce n’est pas la charité d’une aumône tombée dans une main ouverte. La statue ne me demande rien, elle ne s’avance pas vers moi. C’est mon impulsion qui me fait franchir ma distance de spectateur et me permet d’approcher. »
Erri de Luca (La nature exposée)