Mandarine.

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photo Francesco Pagni ©

 

Petit poème pour les yeux.

C’est une mandarine perdue dans une mémoire d’enfant,

Un morceau de soleil qui tient dans une petite main,

Un souvenir lointain échappé d’un sac en papier fleurant bon le pain,

Un trésor égaré,

Un instant fugitif, sans avant, ni après…

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« Déjame en paz, amor tirano »

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Photo © Tina Kazakhishvili

Le travail de la photographe Tina Kazakhishvili m’a émue et fascinée  à plusieurs titres : ses photos en « double exposure » à l’onirisme tendre et léger, révèle un sens esthétique raffiné ; ses clichés en hôpital psychiatrique sont d’un réalisme dramatique et bouleversant ; enfin ses images de la campagne géorgienne peuvent réveiller chez les plus anciens d’entre nous des souvenirs à jamais perdus…

Ainsi ce sont les photos de Tina que j’ai choisies pour illustrer un poème de Luis de Góngora (né à Cordoue le 11 juillet 1561) mis en musique et chanté par Paco Ibáñez.

« Dejame en paz, amor tirano » signifie à peu près ceci :

Laisse-moi en paix, amour-tyran, laisse-moi en paix, Aveugle qui pointe et tire, Dieu caduc et rapace, Désir charnel ne me poursuis plus ! Laisse-moi en paix, amour-tyran, laisse-moi en paix…

Malheureux amants qui suivez une telle milice, dites-moi quel bon guide peut faire un aveugle, quelle constance attendre d’un oiseau, quelle confiance d’un rapace, quelle récompense d’un homme nu, d’un tyran, quelle miséricorde ?

Laisse-moi en paix, amour tyran, laisse-moi en paix…

Pendant dix ans j’ai gaspillé le meilleur de mon âge, à être un paysan de l’amour aux dépens de ma fortune. En labourant et semant, j’ai récolté une mer trouble, j’ai semé un sable stérile, j’ai eu honte et grand’ peine !

Laisse-moi en paix, amour tyran, laisse-moi en paix…

 

Site officiel de : Tina Kazakhishvili

Wassily Kandinsky (1866-1944)

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« Les esprits, qui à la vue de quelques triangles sur un tableau restent prisonniers de ces triangles et qui ainsi sont incapables de voir la peinture, sont les mêmes esprits qui sur toute figure masculine de l’antiquité firent mettre une feuille de vigne.
Mais je crois que la feuille de vigne elle-même n’avait pas le pouvoir de leur dessiller les yeux pour la forme plastique de l’antiquité…
La forme inaccoutumée masque le fond : il en est ainsi chez la plupart des hommes.
Le temps est seul capable de changer cet état de choses »

Extrait de l’article de Kandinsky « Réflexions sur l’art abstrait » publié dans les « Cahiers d’Art », VI Paris 1931, N° 7-8, p.351

Quand il réfléchit à la genèse de son art abstrait, Kandinsky fait allusion dans ses souvenirs à une expérience synesthétique pendant qu’il écoutait « Lohengrin » de Richard Wagner; il se souvenait du choc qu’il eut quand il entendit pour la première fois la nouvelle de la fission de l’atome; et finalement, il dit en regardant l’une des Meules de foin de Monet qu’il sentit nettement que les objets étaient superflus dans un tableau. Le moment exact où l’étincelle jaillit a été décrit par Kandinsky, comme suit :

« Un jour alors que j’étais à Munich, j’ai eu l’expérience hallucinante dans mon atelier à laquelle je ne m’attendais pas. C’était au crépuscule : je venais de rentrer chez moi, ma boîte de peinture sous le bras, après avoir peint une étude d’après nature. J’étais encore absorbé rêveusement dans le travail que j’avais fait quand tout à coup, mon regard se posa sur un tableau d’une beauté indescriptible qui était imprégné d’une lumière intérieure. Pendant un moment, je restai saisi, puis rapidement j’allai vers cette peinture énigmatique dans laquelle je ne pouvais rien voir que des formes et des couleurs dont le contenu m’était incompréhensible. La réponse de l’énigme vint immédiatement : c’était l’un de mes propres tableaux couché sur le côté contre le mur. Le lendemain, à la lumière du jour, je tentai de retrouver l’impression que m’avait donnée le tableau, la veille. Je n’y parvins qu’à moitié. Même en regardant la peinture de côté, je pouvais encore distinguer les objets et il manquait cette belle couche de couleur transparente très fine, créée par le crépuscule de la veille. Alors, je sus pour de bon que le sujet portait préjudice à mes peintures. Un effrayant abîme de responsabilité s’ouvrait alors devant moi et une série de questions diverses m’étaient posées. Et la question primordiale était de savoir : qu’est-ce qui allait remplacer l’objet manquant ? »

(Cet évènement eut lieu probablement vers 1909)

Le peintre qui dansait sur la toile…

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« Je ne travaille pas à partir de dessins ou d’esquisses en couleur. Je peins directement. Je peins d’habitude sur le sol. J’aime travailler sur une grande toile. Je me sens mieux, plus à l’aise dans un grand espace. Avec la toile sur le sol je me sens plus proche d’un tableau, j’en fais davantage partie. De cette façon je peux marcher tout autour, travailler à partir des quatre côtés, et être dans le tableau comme les Indiens de l’Ouest qui travaillaient sur le sable. Parfois j’utilise un pinceau mais très souvent je préfère utiliser un bâton. Parfois, je verse la peinture directement de la boîte… »  Jackson Pollock