Rendez-vous d’amour avec la falaise.

Etretat 25

  C’est un village de 1 300 habitants, sur la côte normande, réputé pour ses falaises. On gare son auto comme on peut, n’importe où. On longe un instant la plage et on grimpe en courant les escaliers qui mènent au chemin pentu de la falaise. On serre dans sa main, en le tenant par le « zoom », l’appareil photo qui est le compagnon fidèle de toutes les évasions. On court, on court, et l’on croise des touristes surpris (il y en a toujours un dans la file indienne pour dire que c’est aussi difficile de descendre que de monter !) On court, on court, on est pressé : on a un rendez-vous d’amour avec la falaise…

             Enfin on atteint le haut, et c’est le vent sauvage qui vous enveloppe dans son grand manteau. On rit de bonheur… l’ivresse est là : tout au bord : le désir violent de faire l’oiseau….

            FAIRE L’OISEAU… Entre le bleu immatériel du ciel et le bleu compact de la mer…

            La MER sur laquelle on pourrait marcher, c’est sûr !
La MER qui engloutit les marins, les navires et les mondes perdus…

          Et là-bas, au loin, rejoindre d’un coup d’ailes la roche, la même que décrit Maupassant…

eva (texte et photos) ©

Le retour d’Ulysse…

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« Loin de son île, Ulysse pensait à ses oliviers, à  ses vignes, à tout ce qui faisait de son royaume un paradis…

Ulysse se languissait de ses plantations, songeait aux labours, à la taille, aux récoltes joyeuses. Il s’inquiétait des caprices du ciel, du vent mauvais, de la sécheresse. Il imaginait les ruches au verger d’agrumes, et se souvenait de l’exquise douceur du miel que produisaient ses abeilles. Il songeait avec mélancolie aux trésors de sa terre lointaine, ils étaient sa seule vraie richesse et son bonheur, ils étaient son royaume et son refuge, sa consolation, son apaisement, loin des tracasseries et  des conspirations…

Ulysse voulait la paix, la tendresse perlée des olives, la générosité des grappes abondantes du vignoble, le chant lancinant et têtu des abeilles… Au diable la navigation aventureuse, les amours décevantes, les intrigues et les complots sordides  !..

L’idéal mille fois  imaginé en exil, était de prendre enfin Calypso sous les citronniers… la prendre et la garder dans son paradis parfumé … » eva ©

 

Anacapri, le photographe…

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Souviens-toi, j’étais là-haut, et toi tu photographiais…

Tu attendais patiemment la bonne lumière, tu guettais…

Alors je suis redescendue, plus bas… Et je t’ai vu, j’ai volé ton image…

J’ai volé ton geste d’offrande au sphinx impassible…

Tu étais adorateur de la lumière, et moi j’étais la voleuse d’offrande au sphinx…

eva © août 2010

 

« Correspondances » Baudelaire

Lyons 05

La nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
– Et d’autres corrompus, riches et triomphants,

Ayant l’expansion des choses infinies,
Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.

Charles Baudelaire (Spleen et Idéal)

Rabindranath Tagore, Gitanjali, « L’offrande lyrique »

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Il avait dit :

« Laisse subsister ce peu de moi par quoi,

je puisse te nommer mon tout.

Laisse subsister ce peu de ma volonté par

quoi je puisse te sentir de tous côtés,

et venir à toi en toutes choses, et t’offrir

mon amour à tout moment.

Laisse seulement subsister ce peu de moi

par quoi je puisse jamais te cacher.

Laisse seulement cette petite attache

subsister par quoi je suis relié à ta volonté,

et par où ton dessein se transmet dans ma vie : c’est l’attache de ton amour. »

 

Elle avait dit alors :

« Laisse venir à moi ce peu de toi par quoi,

je puisse me fondre en toi.

Laisse fléchir ta volonté par

quoi je puisse te sentir à mes côtés,

présent en toute chose, et goûter

ton amour à tout moment.

Laisse seulement subsister ce peu de toi

par quoi tu puisses jamais te cacher.

Laisse seulement ce fil ténu

subsister par quoi tu es relié à ma volonté,

et par où ton dessein se transmet par delà l’infini : c’est l’attache de notre amour »

eva © 25 janvier 2012